Marie de France, en son temps

Une journée d'étude organisée par Nathalie Koble (ENS, Lila) et Mireille Séguy (Université Paris 8).

  • 10h15. Accueil
  • 10h30-11h15. Du « joi » lyrique à la joie chez Marie de France. Milena Mikhaïlova (Université de Limoges)

Une étude des rémanences du joi dans les lais de Marie conduit à éclairer la dette de l’auteur vis-à-vis de la lyrique méridionale occitane. Le joi lyrique, concept structurant l’imaginaire érotique et poétique des troubadours, semble trouver dans sa traduction en langue d’oïl un pâle héritier à travers le mot joie. Cependant, sous la plume de Marie de France, le traitement de cette émotion ouvre un espace de dialogue entre le lai et la chanson d’amour lyrique. En faisant de la joie un enjeu narratif dans au moins cinq lais (Les Deus Amanz, Yonec, Laüstic, Le Chaitivel, Chievrefoil), l’auteur déplie les connotations du joi, discute avec la lyrique et la dépasse. Envisager ces textes comme une caisse de résonance de la quintessence de la lyrique permet de repenser certaines questions liées à la poétique du lai, voire au recueil.

  • 11h15-12h. Indéfini, indistinct et incomplétude : réflexions sur la langue du lai du « Chaitivel ». Vanessa Obry (Université de Haute-Alsace) –

Lai aux deux titres concurrents, Quatre Dols et Le Chaitivel, le dixième récit du recueil de Marie de France tel qu’il nous a été transmis par le manuscrit Harley 978 repose sur l’hésitation entre une indifférenciation qui ne permet pas de distinguer le héros dans le groupe et une individuation entachée par la mutilation. L’impossible singularisation du héros se greffe ainsi sur la poétique du démembrement et du remembrement, analysée par Milena Mikhailova dans Le Présent de Marie. Cette communication propose de poser une nouvelle fois cette question de la distinction non aboutie du personnage dans le lai du Chaitivel, en adoptant un point de vue linguistique et stylistique. Il s’agira de dégager les traits d’écriture propres à ce texte, pour réinterroger sa place dans le recueil des Lais.

  • 14h-14h45. La figure royale dans les Lais et les Fables de Marie de France. Baptiste Laïd (Université Paris Est Créteil)

Le XIIe siècle est une période d’intense réflexion sur la royauté, aussi bien dans des écrits politiques (Policraticus) que dans des représentations fictionnelles (Érec et Énide) qui posent dans des termes désormais non équivoques la question du « bon prince ». Dans les Lais de Marie de France, la galerie des portraits royaux, d’Équitan le traître à l’inconstant suzerain d’Éliduc, est principalement à charge : la royauté mise en scène est celle des défauts princiers, peut-être dans une intention didactique. La méthode est la même dans ses Fables, bien plus ouvertement un miroir des princes : en modifiant les fables latines pour les adapter à l’idéologie féodale, Marie s’est attachée à en révéler les dysfonctionnements, que le roi, par sa position centrale, est le premier susceptible de provoquer ou d’endurer. La morale préconise alors une méthode pragmatique et évaluative : au lecteur (i.e. au noble) de ne réserver sa confiance et son suffrage qu’au seignur qui les mérite.

  • 14h45-15h30. « Le Purgatoire de saint Patrick », premier Purgatoire. Myriam White-Le Goff (Université d’Artois)

On présentera l’origine, les présupposés (image de l’Irlande et des Irlandais, idéologie du Purgatoire, structuration de l’au-delà…) et les enjeux essentiels de la légende du Purgatoire de saint Patrick (possibilité de faire son salut en tant que laïc, porosité entre les mondes, cheminement psychique…). On mettra en lumière les singularités du texte de Marie de France par rapport aux autres textes connus rapportant la légende, c'est-à-dire ce qui pourrait constituer sa littérarité, suivant le jugement de Jacques Le Goff qui voit en lui « la première œuvre littéraire à parler du Purgatoire » : le rythme de la narration, la place du narrateur, la recherche de l’expressivité, l’agencement des discours et la multiplicité des instances qui s’expriment à la première personne… On situera également le texte de Marie de France dans le paysage littéraire environnant voire au regard de ses autres œuvres.

  • 15h30-16h15. Scènes de la reconnaissance dans les lais de Marie de France : mémoire, identité, invention littéraire. Mireille Séguy (Université Paris 8).

Tous les lais du recueil Harley 978 s’organisent autour d’une ou de plusieurs scènes de reconnaissance – ou de non-reconnaissance – investies d’un rôle décisif dans l’intrigue qui se déroule dans l’univers de fiction. L’importance de la reconnaissance se vérifie également dans cette autre intrigue qui se joue au niveau de l’invention et de la narration des lais, telle qu’elle peut se lire, en particulier, dans les différents prologues et épilogues des textes du recueil. Dans cette intrigue métadiscursive, la reconnaissance est à la fois l’enjeu et l’objet de l’entreprise poétique : il s’agit en effet pour l’instance auctoriale qui se nomme « Marie » dans le prologue de Guigemar de se faire reconnaître de ses lecteurs / auditeurs présents et futurs (de « ne pas s’oblier en sun tens »), en assurant la reconnaissance, dans le temps, de chansons entendues autrefois. À partir de ce double constat et de l’analyse de divers épisodes de reconnaissance, j’essaierai de vérifier l’hypothèse selon laquelle la reconnaissance constitue le point de « conjointure » majeur du recueil.  À terme, c’est à la manière dont les lais de « Marie » ont contribué, en leur temps, à définir les modes spécifiques de la reconnaissance littéraire, où l’oubli et la perte jouent un rôle majeur, que mon propos me conduira brièvement.

  • 16h15-16h30. Conclusion

Mis à jour le 24/4/2019