Le CIENS, centre interdisciplinaire dédié aux enjeux stratégiques

Une plateforme d’enseignement et de recherche unique en France

Créé le
30 janvier 2024
Le Centre interdisciplinaire d’études sur les enjeux stratégiques (CIENS) est une plateforme d’enseignement et de recherche interdisciplinaire, consacrée au nucléaire de défense et aux questions stratégiques au sens large. La cyberdéfense, l’espace extra-atmosphérique, le contrôle des armements et le désarmement, l’intelligence artificielle, la manipulation de l’information… sont parmi les grands enjeux contemporains abordés.

Dans une interview, Frédéric Gloriant, directeur du CIENS, revient sur le rôle et les objectifs de ce centre unique en France, créé dans le cadre d’un partenariat entre l’ENS-PSL, le ministère de la Défense, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), et qui vise à relancer les études universitaires sur les questions nucléaires et stratégiques.
L’équipe du CIENS - de gauche à droite : Maïlys Mangin, Pierre Ramond, Frédéric Gloriant
L’équipe du CIENS - de gauche à droite : Maïlys Mangin, Frédéric Gloriant, Pierre Ramond

Comment s’est créé le Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (CIENS) ?

Frédéric Gloriant : Le CIENS a été créé en 2016. Il résulte de l’initiative conjuguée d’anciens élèves de l’École sur le point de s’engager dans des carrières administratives, et de diplomates, en particulier Nicolas Roche, actuellement ambassadeur de France en Iran, et spécialiste des enjeux stratégiques et nucléaires. La création du CIENS s’inscrivait dans un contexte tout à fait particulier : celui de la crise géopolitique multiforme des années 2014 à 2016, marquées par l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, puis la crise des migrants et la vague d’attentats djihadistes en France et en Europe, et enfin le Brexit et l’élection de Trump… L’histoire était bel et bien « de retour » et le CIENS visait, d’une part à répondre à une forte demande des normaliens et normaliennes en matière d’informations et d’enseignements sur des enjeux qui avaient été laissés en friche après la fin de la guerre froide, et d’autre part à relancer en France les études universitaires sur les questions nucléaires et stratégiques. Un besoin qu’exprimaient alors plusieurs acteurs institutionnels de la « communauté stratégique », comme le ministère des Armées ou celui des Affaires étrangères, entre autres.

Quels sont les objectifs et les enjeux du CIENS ?

Frédéric Gloriant : Le « cœur de métier » du CIENS est l’étude de la conflictualité interétatique de haute intensité, avec en ligne de mire l’éventualité de la montée aux extrêmes, en d’autres termes, la guerre nucléaire que la dissuasion vise à éviter. À partir de cette focale nucléaire, le CIENS a élargi ses champs de recherche et d’enseignement pour inclure l’ensemble des enjeux stratégiques contemporains, à savoir : la cyberdéfense, l’espace extra-atmosphérique, le contrôle des armements et le désarmement, l’étude des évolutions de la pensée stratégique, l’intelligence artificielle, la manipulation de l’information, etc.

Comment le CIENS s’organise-t-il ?

Frédéric Gloriant : Le CIENS est une structure interdisciplinaire indépendante au sein de l’École, épaulée par le Pôle Ressources Lettres au plan administratif. L’équipe se compose de quatre chercheurs et chercheuses permanents - le directeur, deux post-doctorants, un doctorant - et d’une gestionnaire de projet.
Pour notre financement, nous bénéficions d’un dispositif de conventions sur trois ans renouvelables, avec nos trois partenaires : le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) ; la DGRIS (Direction générale des relations internationales et de la stratégie, Ministère des armées) et l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) – ce qui nous permet d’inscrire nos activités dans la durée. Mélanie Rosselet, diplomate de carrière et actuelle directrice de l’analyse stratégique au CEA, coordonne les liens avec nos trois partenaires institutionnels.
L’objectif de ce nouveau dispositif est d’ancrer le plus possible le CIENS dans la vie de l’École et de ses départements.

Comment s’articule le programme de formation et pour quelle carrière suivre les enseignements au CIENS ?

Frédéric Gloriant : Notre offre pédagogique se compose au premier semestre de quatre cours d’introduction généraux : Pourquoi la dissuasion ? Introduction aux questions stratégiques ; Histoire de la dissuasion nucléaire ; Théories et sociologie politique des relations internationales ; et Art, culture et guerre. Au second semestre, nous offrons un ensemble d’enseignements plus spécialisés : des cours dédiés aux nouveaux espaces de conflictualité comme le cyber, ou l’espace extra-atmosphérique, des thématiques classiques que nous revisitons telles que le désarmement ou les fondements de la stratégie, mais aussi des séminaires de recherche en histoire nucléaire ou sur les implications stratégiques de l’intelligence artificielle. Par ailleurs, du 4 au 8 mars 2024, nous organiserons une PSL-Week dédiée aux « Grands enjeux nucléaires et stratégiques contemporains », avec un focus sur l’actuel conflit russo-ukrainien.
Enfin, dès la rentrée de septembre 2024, cette offre se structurera en une mineure, validable dans le cadre du Diplôme de l’ENS, qui aura vocation à fédérer l’ensemble des formations offertes au sein de l’École en matière de relations internationales, de défense et de sécurité. Cette offre de formation a toute sa pertinence pour les normaliens et normaliennes intéressés par les carrières ayant trait aux relations internationales, que ce soit dans la haute fonction publique - diplomatie, défense - ou dans la recherche.

Quelles y sont les recherches actuellement menées ?

Frédéric Gloriant : Les recherches menées au sein du CIENS s’articulent autour de trois axes principaux. Le premier se concentre sur l’Europe, les Européens et la dissuasion nucléaire, avec en toile de fond la question très actuelle des conditions de possibilité d’une autonomie stratégique européenne. Le second axe concerne les enjeux éthiques de la dissuasion nucléaire, tandis que le troisième se focalise sur l'émergence des nouveaux domaines de conflictualité comme le cyber, l’espace, l’IA et l'espace informationnel.
Point de jonction privilégié entre le monde de la recherche et celui des praticiens des relations internationales, le CIENS a également pour ambition de développer pour chacun de ces axes une démarche pluridisciplinaire mêlant histoire, science politique et philosophie, entre autres.

Quels vont être les prochains grands rendez-vous du CIENS ?

Frédéric Gloriant : Dans l’immédiat, le CIENS organise avec le département de philosophie un colloque les 30 et 31 janvier 2024, intitulé Penser le monde avec Pierre Hassner : universitaires, diplomates et figures intellectuelles ayant connu le philosophe des relations internationales Pierre Hassner se rassembleront autour de son œuvre pour en examiner la pertinence et l’actualité. Le 28 mars 2024, nous organiserons un événement de lancement du CIENS, autour de la guerre russo-ukrainienne. Enfin, nous préparons un grand colloque international qui aura lieu en octobre 2024 et sera consacré à la prise de décision en matière nucléaire : non seulement décision sur l’emploi des armes nucléaires, mais aussi décision capacitaire, décision sur la stratégie et les alliances… en un mot, toutes les déclinaisons du pouvoir nucléaire que nous tâcherons de réexaminer en liant les disciplines, les époques passées et actuelles, les pays abordés.
 

 

À propos de Frédéric Gloriant

 

Maître de conférences en histoire contemporaine, Frédéric Gloriant est spécialiste des relations internationales, en particulier de leur dimension politico-stratégique et nucléaire. Il a récemment publié un ouvrage issu de sa thèse sur les rapports franco-britanniques à l’époque de Macmillan et de De Gaulle, dans lequel il montre que le facteur nucléaire est un élément clé qui structure la relation bilatérale entre Paris et Londres (Le Schisme franco-britannique. De Suez au veto de 1963, Presses Universitaires de Rennes).
Avant de rejoindre l’ENS-PSL pour prendre la direction du CIENS, Frédéric Gloriant a été en poste à Nantes Université, au sein du CRHIA (Centre de recherches en histoire internationale et atlantique). « Ancien étudiant de l’École normale, promotion A/L 2002, agrégé de Lettres classiques, diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Université de Newcastle, j’ai eu un parcours d’étude pluridisciplinaire centré sur les relations internationales et combinant une formation en lettres, en science politique et, bien entendu, en histoire. »