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Entretien avec Ludovic Jullien

Ludovic JULLIEN (1982, S) est directeur du département de chimie de l’ENS.
Professeur de chimie à l’université Pierre et Marie Curie, il dirige l’unité de recherche UMR 8640 Pasteur du département. Il nous a reçus dans son bureau de la rue Lhomond pour nous parler de son parcours, de sa discipline et de l’année de la chimie.

Paru dans le Normale Sup’ info en Mars 2011

Quelle est votre formation ?

Je suis chimiste de formation avec un bagage initial en biologie. Après des classes prépas de type BCPST qui étaient des classes biologie, chimie, physique, j’ai intégré l’École en 1982 pour suivre une formation de chimie organique.

J’ai passé l’agrégation de chimie en 1985 et préparé une thèse au Collège de France sous la direction de Jean-Marie Lehn, spécialiste de la chimie supramoléculaire.

Ensuite, je suis parti en stage postdoctoral en Allemagne pour revenir comme chargé de recherche CNRS au Collège de France. En 1994, j’ai intégré le département de chimie de l’ENS pour y créer mon équipe et suis devenu professeur à l’université Pierre et Marie Curie en 2001.

D’où vient votre intérêt pour la chimie ?

Au départ, mon intérêt portait sur la biologie dont je souhaitais aborder les phénomènes à un niveau de description moléculaire. À l’École, on m’a orienté vers la chimie. Mon goût pour ce champ s’est affirmé à travers une double entrée, conceptuelle et expérimentale.

J’ai cependant conservé un fort intérêt pour la biologie et la biophysique.

Mon positionnement affirme une chimie forte de son socle culturel et ouverte vers les autres disciplines.

Vous êtes normalien, quels souvenirs gardez-vous de vos premières années passées à l’ENS ?

J’en garde le souvenir d’une république de jeunes savants, d’excellentes conditions pour effectuer mes études, de la liberté du choix de mon projet de formation, d’interactions avec des camarades plus âgés et des enseignants à l’autorité bienveillante. Contrairement à aujourd’hui, il n’y avait pas réellement de formation dispensée dans le département de chimie, l’essentiel de la formation se déroulant à l’université Pierre et Marie Curie.

Je me souviens aussi avoir « séché » pour suivre les cours de mon futur directeur de thèse, Jean-Marie Lehn au Collège de France. Les livres m’ont cependant donné une ouverture à la connaissance et à son expression subjective bien plus grande que les cours ; j’en garde le souvenir de discours construits et lumineux.

Quel est votre principal domaine de recherche ?

Ma source d’inspiration est constamment demeurée le comportement de la matière biologique lu au travers du prisme des lois physico-chimiques. J’ai d’abord pratiqué la chimie organique comme la chimie essentielle intervenant dans les êtres vivants. Je me suis ensuite intéressé aux interactions entre molécules, plus spécifiquement à la chimie supramoléculaire qui élargissait la perspective d’intervention de la chimie dans les phénomènes biologiques. J’ai finalement découvert la matière molle et la biophysique en Allemagne avant de revenir au Collège de France dans le groupe de Jean-Marie Lehn. Devenu indépendant à l’ENS, j’ai inscrit mon activité à l’interface de la chimie et de la biophysique. Dans notre équipe, nous construisons des systèmes chimiques aux comportements complexes proches de ceux rencontrés en biologie. Comme cela s’inscrit dans le long terme, nous utilisons aussi nos compétences pour étudier directement des systèmes vivants.

En chimie, quels sont les points forts de l’École ?

L’ENS est un des hauts lieux de la formation académique en France. En chimie, elle couvre tous les champs afin de fournir un solide socle culturel. Elle offre une ouverture vers les disciplines connexes en particulier la biologie et aussi les géosciences et la physique.

Le format des enseignements est conçu pour favoriser l’autonomie et le travail des étudiants en petits groupes. Le poids de la recherche, comme partout dans la maison, est essentiel. Il se matérialise par de nombreux stages en laboratoires dès le début de la formation. En matière de recherche, le dénominateur commun du département qui comprend une dizaine d’équipes est de réaliser des développements méthodologiques, tout autant à caractère théorique qu’expérimental, dans des domaines variés de la chimie. Ces développements sont très souvent mis en œuvre pour questionner

des systèmes biologiques, soit au travers de l’étude de biomolécules, soit au travers de l’étude de systèmes à des échelles d’organisation supérieures comme des cellules, voire des organismes vivants.

Quels sont vos liens avec l’extérieur ?

Notre département est fortement lié au monde extérieur à la fois en recherche et en formation. Outre les collaborations individuelles nationales et internationales des équipes de recherche, les laboratoires du département fonctionnent dans un cadre fédératif impliquant l’université Pierre et Marie Curie, Chimie Paris Tech et l’ESPCI Paris Tech, notre activité réclamant l’accès à des infrastructures d’un coût relativement important. Notre lien avec le monde industriel n’est pas très important. En revanche, deux jeunes entreprises ont été récemment créées dans le département par d’anciens doctorants et

y demeurent partiellement hébergées. Cette tendance nous intéresse. Soulignons enfin que, malgré sa taille réduite, le département a un fort engagement sociétal vis-à-vis de la communauté éducative. Il anime chaque année un stage de formation des enseignants du 1er cycle universitaire, classes prépas et BTS. Par ailleurs il héberge le serveur « Culture Sciences-Chimie » soutenu par le ministère

de l’Éducation nationale et dont la mission est d’assurer la formation continue des enseignants du secondaire, en particulier dans le cadre de la mise en place des nouveaux programmes scolaires.

En chimie quelles sont les grandes avancées de ces dernières années ?

Du point de vue de l’histoire de la discipline, la chimie moderne a pris son essor au XIXe siècle et a depuis continûment connu des progrès conceptuels et d’impressionnantes réalisations. La chimie agit actuellement dans un cadre en pleine mutation. Avec l’augmentation de la population mondiale et l’émergence de nouvelles puissances économiques, gérer la matière et l’énergie de façon raisonnée est devenu une priorité. La chimie verte récemment conceptualisée met en œuvre avec le minimum d’énergie des matières premières renouvelables et s’intéresse à l’intégralité du cycle de vie des objets

et matériaux synthétisés. Ce changement radical de contraintes nécessitera de profondes reconsidérations conceptuelles et pratiques et de nouveaux développements en recherche. La source de ce renouvellement ne peut être qu’académique et ses implications débordent largement ce secteur. Il faut rappeler ici que la chimie est le deuxième secteur d’activité industrielle en France et qu’elle est le second employeur en matière de recherche et développement dans l’industrie nationale.

L’ONU a déclaré l’année 2011, Année internationale de la chimie. Que comptez-vous organiser ?

Afin d’en améliorer la visibilité, notre action est essentiellement intégrée avec celles de nos partenaires du quartier latin et s’y matérialise par des cycles de conférences et des expositions. En ce qui concerne plus spécifiquement le département, nous évoquerons le 30 mai prochain la mémoire de Marc Julia, décédé l’an dernier et qui fût un grand directeur de département médaillé d’or du CNRS. Il a préparé sa thèse en Angleterre et a ensuite exercé son activité à l’Institut Pasteur, à l’École de chimie de Paris puis à l’ENS. Chimiste organicien, il s’est intéressé en particulier aux terpènes, une catégorie de molécules courante chez les végétaux. Il s’est engagé fortement dans la relation avec le monde de l’industrie puisqu’il est à l’origine d’un procédé de synthèse de la vitamine A qui a été développé dans le cadre d’une collaboration avec Rhône-Poulenc. Il a aussi été un acteur de la création des journaux de chimie européens ainsi qu’un académicien chimiste engagé dans l’aventure de la Main à la pâte à destination des écoles primaires.

J’en garde un souvenir plus personnel, puisque j’ai effectué mon stage de DEA dans son laboratoire.

Quels messages souhaitez-vous donner aux jeunes étudiants qui s’engagent dans la recherche scientifique ?

La recherche scientifique est un bel horizon de confrontation et de questionnement dont les règles sont exigeantes mais justes. Peu d’activités humaines combinent ces caractéristiques.

Même en bénéficiant de l’expérience des aînés, il faut s’y préparer tôt afin d’atteindre les frontières de la connaissance alors qu’on est encore jeune. C’est donc au cours de ses études qu’il faut s’investir et

profiter au maximum du temps et des bonnes conditions dont on dispose. Il faut enfin cultiver l’enthousiasme, la ténacité, l’optimisme et l’autonomie de la pensée.

Quand vous ne travaillez pas qu’elle est votre occupation préférée ?

Malheureusement, l’activité de direction du département a restreint considérablement le temps qu’il me reste à pratiquer la musique et plus spécifiquement le chant.

 

 

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