Cybernétique, intelligence et imagination
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Séance du séminaire de recherche Postdigital 2017-2019  sur l'origine de la cybernétique et aux origines de l’intelligence artificielle afin d’analyser la place de l’imagination dans celles-ci.

Séance du séminaire de recherche Postdigital 2017-2019  sur l'origine de la cybernétique et aux origines de l’intelligence artificielle afin d’analyser la place de l’imagination dans celles-ci.


Premier exposé par Mathieu Triclot : Retour à la cybernétique. Ontologie et politique de l’information.

La cybernétique a produit, dans l’après seconde guerre mondiale aux États-Unis, l’un des discours d’accompagnement de la révolution technologique de l’informatique et des télécommunications. Cette fonction de « discours d’accompagnement » s’entend non seulement comme une opération qui consiste à « faire sens » du changement technique, à travers un discours adressé au grand public, mais aussi comme un travail spéculatif destiné à étayer des paris, paradigmatiques, sur l’avenir du développement technique. Pourquoi revenir à la cybernétique aujourd’hui ? Cette communication entend tester et discuter trois propositions.
(1) Dans ce travail paradigmatique et spéculatif, la question de la nature physique de l’information occupe une place considérable chez les cybernéticiens. Ces derniers ont adopté une ontologie physicaliste de l’information, en rupture complète avec l’idée d’une information immatérielle ou de l’ordre du symbole. Ce clivage entre une information-symbole et une information-signal joue un rôle décisif dans la détermination des programmes de recherche que se donne la première cybernétique, autour notamment des réseaux de neurones formels.
(2) A cette ontologie physicaliste de l’information s’adosse chez Wiener une forme de politique des artefacts cybernétiques. Celle-ci consiste à imaginer, par des récits qui voisinent parfois avec la science-fiction, des techniques projetées en situation dans le social. La cybernétique discute ainsi de questions autour de l’automatisation, du remplacement du travail humain par les intelligences artificielles, qui ne dépareilleraient pas en 2017. Ces dimensions techniques, scientifiques, philosophiques, politiques forment une trame inextricable au sein de la cybernétique américaine.
(3) Ce retour à la cybernétique nous paraît posséder un intérêt historique, au sens où il fournit des instruments pour comprendre le présent. Il ne s’agit pas d’affirmer que la cybernétique aurait pensé par avance la situation contemporaine, mais d’évaluer ce qui change dans les agencements de science, de technique, de philosophie, de politique, au prix sans doute de la péremption de ce que la cybernétique d’origine avait lutté pour mettre en place.

Deuxième exposé par Reza Negarestani : Unimagining General Intelligence

This presentation focuses on a single question, how can we think about the future of artificial general intelligence if the very image of general intelligence is bounded by the contingently constituted particularity of our transcendental structures, that is, necessary constraints or ‘conditions of possibility’ of imagination and thinking in the broadest possible sense? To tackle this question, I will attempt to approach it from two different directions, one originating from the deep tradition of skepticism (the labor of investigation) and the other from transcendental philosophy. By approaching the question of artificial general intelligence from these two directions, I will argue that what it takes to imagine the artificial general intelligence is exactly what it takes to redefine imagination and thought.