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L’apparition des grandes religions expliquée par une hausse du niveau de vie

Entre environ 500 et 300 avant notre ère, trois régions distinctes, les vallées du Yangzi Jiang et du Huang He, la Méditerranée orientale, et la vallée du Gange voient l’émergence de traditions religieuses très similaires comme le bouddhisme, le jaïnisme, le brahmanisme, le taoïsme, le judaïsme, et la philosophie grecque qui mettent l’accent sur le contrôle de soi, l’ascétisme et la réforme morale. Cette convergence culturelle, souvent appelée « l’Âge Axial », représente une énigme : pourquoi des religions présentant des caractéristiques aussi proches ont-elles émergé au même moment dans des civilisations aussi différentes ?

Cette émergence s’expliquerait par une hausse du niveau de vie, selon un modèle développé par les auteurs (Nicolas Baumard , Alexandre Hyafil de l’Ecole normale supérieure, Ian Morris de l’Université Stanford et Pascal Boyer du département de psychologie de l’Université Washington et de l’Université de Lyon) d’une étude publiée, le 11 décembre 2014, dans les revues Current Biology et Science.

"Il semble presque évident aujourd’hui que la religion concerne des préoccupations spirituelles et morales, mais ça n’a pas toujours été le cas", explique Nicolas Baumard. "Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs et au début des chefferies, par exemple, la tradition religieuse était axée sur les rituels, les offrandes sacrificielles, et les tabous visant à conjurer le mauvais sort et le mal".
Ces doctrines, écrivent les chercheurs, "mettent toutes l’accent sur la valeur de la ’transcendance personnelle’, la notion que l’existence humaine a un but, distinct de la réussite matérielle, qui repose sur une existence morale et le contrôle de ses propres désirs matériels, à travers la modération (dans la nourriture, le sexe, l’ambition, etc.), l’ascétisme (le jeûne, l’abstinence, le détachement), et la compassion (aider, souffrir avec les autres)."

L’énigme de cette convergence culturelle pourrait trouver sa réponse dans les données historiques qui suggèrent une exceptionnelle croissance de la capture énergétique (un indicateur de prospérité) dans ces trois régions, juste avant la période axiale. Une modélisation statistique de ces données confirme que le développement économique, et pas la complexité politique, est l’indicateur qui permet le mieux de rendre compte de l’émergence des religions axiales.

Les chercheurs ont ainsi testé diverses théories en combinant la modélisation statistique et des théories psychologiques basées sur des approches expérimentales. Ils ont conclu que la richesse (le développement économique) - ce qu’ils appellent la capture d’énergie - explique le mieux ce qui est connu de l’histoire religieuse, et non pas la complexité politique ou la taille de la population.

Leur modèle montre une nette transition vers les religions moralisatrices lorsque les individus recevaient 2000 calories par jour, un niveau d’abondance suggérant que les gens étaient généralement en sécurité, avaient des toits sur la tête et beaucoup de nourriture, à la fois dans le présent et dans un avenir prévisible.

"Cela nous semble très élémentaire aujourd’hui, mais cette tranquillité d’esprit était totalement nouvelle à l’époque", souligne Baumard. "Les êtres humains vivant dans les sociétés tribales ou même dans les empires archaïques connaissaient souvent la famine et les maladies, et ils vivaient dans des maisons très rudimentaires. Par contraste, la forte augmentation de la population et l’urbanisation dans la période axiale suggère que, pour certaines personnes, les choses commençaient à aller beaucoup mieux."

Cette conclusion correspond aux résultats récents en neurosciences et en psychologie qui montrent que l’affluence et la sécurité ont eu une incidence sur les systèmes de motivation humain, faisant passer les individus d’une stratégie à court terme (basé sur l’acquisition de ressources et les interactions coercitives) vers une stratégie à long terme (contrôle de soi et investissement dans la coopération).

Il sera maintenant intéressant, disent les chercheurs, de tester si d’autres caractéristiques familières de la société humaine moderne, telles que le grand investissement parental et la monogamie à long terme, pourraient avoir le même changement historique comme origine.


Chercheurs
 : Nicolas Baumard et Alexandre Hyafil de l’Ecole normale supérieure (Paris), Ian Morris de l’Université Stanford et Pascal Boyer du département de psychologie de l’Université Washington et de l’Université de Lyon.

Sources : Cell Press, Current Biology, Science et Psychomédia

 

 

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